Championnat du Monde vétérans





Du 30 septembre au 3 octobre 2017 se tenaient à Olbia (Italie) les championnats du Monde « vétérans », réunissant les meilleurs athlètes âgés de plus de 30 ans. A 32 ans, l’Alsacien Guillaume CRAINICH (A.C.S. Peugeot-Citroën Mulhouse), fort de son titre européen conquis en juin dernier, remet le couvert dans la catégorie des + de 100 kg, s’adjugeant cette fois le titre mondial. Une belle consécration pour ce garçon au grand cœur, généreux et désireux plus que tout de réussir ce qu’il entreprend. Entretien exclusif.


1. Après une carrière en dents de scie, perturbée par de nombreuses blessures, l’année 2017 te voit sacré champion d’Europe (Zagreb en juin dernier), et maintenant champion du Monde. Comment expliques-tu cette réussite ?
 « Mon parcours est atypique, c’est vrai. Tel un phénix qui renait de ces cendres, lorsque que j’ai des problèmes de santé ou de grosses blessures, je reviens chaque fois plus fort. Après un gros pépin en 2013, j’ai fait champion de France « corpo » dans la foulée. Puis j’ai été écarté deux ans et demi des tatamis en raison d’une sérieuse blessure à l’épaule. Pas de judo, plus de compétitions. Je suis revenu fin 2016 pour les France 2ème division afin de me tester, et ça a été concluant. J’ai eu envie de changer de mode de préparation et d’entrainement en vue des compétitions seniors. Puis l’on m’a conseillé de m’orienter vers les « vétérans ». Ça pouvait être intéressant et sympa, l’occasion d’une nouvelle aventure. Je me suis inscrit à L’Eurométropole Master de Lille fin janvier, et j’ai eu la chance de gagner. Cette victoire m’a remotivé, redonné envie de m’entrainer et de tenter ma chance aux Europe. Surtout, mon club de l’A.C.S. Peugeot-Mulhouse m’a grandement encouragé dans cette démarche, m’apportant une précieuse aide financière pour mes déplacements internationaux ».

2. A la base, les championnats d’Europe en juin ne faisaient pas partie de tes objectifs. Comment les as-tu abordés psychologiquement ? Comment expliques-tu la force mentale qui t’a guidé dans ton parcours ?
 « Comme c’était nouveau, et que je ne connaissais pas, j’y suis allé libéré, sans appréhension particulière. Surtout, ma victoire à Lille, l’un des plus gros tournois vétérans, m’a mis en confiance. Puis j’ai maintenu le cap qui est le mien depuis mes débuts en compétition, à savoir que je prends combat après combat, j’analyse mes adversaires aussi. Dans ma tête, j’essaye de ne pas craquer lorsque des difficultés se présentent. Etre en forme physique est un atout, lorsque tu es bien dans ton corps, la tête suit. Et plus la finale approche, plus tu prends conscience que le titre est à portée. Ça peut être à double-tranchant, la pression peut te bloquer. Mais, pour moi, la perspective d’un titre a été stimulante, et m’a permis de devenir champion d’Europe ! ».

3. Comment as-tu abordé ces Mondiaux à Olbia ?
 « La pression était énorme ! Là, je n’étais plus dans la découverte. Et avec mon titre continental, je me savais attendu. Dans ma tête, j’y pensais à cette médaille d’or, et du coup, la pression s’est accentuée. D’autant plus que lors des championnats d’Europe, je me suis blessé à la main lors des équipes. Cette blessure a entraîné six semaines d’immobilisation en juin et juillet, et je n’ai pas pu m’entrainer. Il a fallu que j’attende le rétablissement complet avant de penser aux Mondiaux. Mais une fois l’inscription et les formalités administratives effectuées, je me suis lancé à fond dans la préparation. Au quotidien, en plus de mon travail à la Ville de Mulhouse, j’ai enchaîné les séances de préparation physique, de musculation et de judo. Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me suis autant entraîné (rires) ! Ces grosses séances étaient épuisantes, physiquement et psychologiquement. Mais j’avais envie de progresser pour atteindre l’objectif, qui me semblait réalisable, de devenir champion du Monde. Mais quinze jours avant l’échéance, j’étais usé, rincé. Et ça s’est ressenti sur le tapis à Olbia. J’essayais d’accélérer pour marquer, mais ça n’a pas marché. Mes adversaires étaient solides, et mes victoires, j’ai dû les chercher au golden score. J’ai même failli passer à la trappe au premier tour ! Paradoxalement, avoir passé ce premier tour m’a libéré. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que j’aille au bout. Et je dois mon succès plus à la tactique qu’à la technique cette fois… ».

4. Champion du Monde ! Qu’as-tu ressenti ?
 « Ça a été tellement dur d’y arriver, que mes sentiments sont plutôt mitigés à la sortie du tapis. Le gong de la fin était plutôt un soulagement, et je n’ai pas eu l’explosion de joie que j’ai peu avoir aux championnats d’Europe. C’est sur le podium que j’ai vraiment réalisé que j’étais champion du Monde. La médaille d’or, c’est une immense fierté, surtout lorsque retentit la marseillaise. Tu réalises que ces instants sont uniques, magiques, et qu’il faut en profiter à fond ! ».

5. Tu rentres en Alsace avec un titre mondial, es-tu un autre homme ?
 « Non pas, du tout ! Ce n’est que du sport, et je reste le même. J’espère plutôt que cette médaille va aider à motiver la jeune génération. A l’époque, lorsque l’équipe (féminine) de Peugeot était montée en première division, voir un kimono bleu, un dossard, ça me faisait rêver. Ce sont des choses qui motivent, qui donnent envie. Malgré mes blessures, mes pépins de santé, je n’ai jamais baissé les bras. Il n’est jamais trop tard pour réussir, mais rien ne vient tout seul. L’important surtout est de croire en soi, et de se donner les moyens pour y arriver ! ».